Je me suis réveillée ennuyée, encore plus ennuyée que je ne m'étais couchée, encore
plus ennuyée que la veille, l'avant-veille,/et tous les jours qui ont précédé,)depuis l'im-
mémorial, peut-être l'enfance :/le bonheur, l'espoir autrefois,_j'en ai oublié la couleur et
puis comme/un tunnel,_=decrescendo vers le non-retour,/un tunnel sans fin,\pas de lu-
mière aussi loin que_puisse porter mon regard,\je plisse les yeux,\effort, impuissance;
il n'y a pas de lumière, pas de sortie, pas d'issue, il n'y en aura plus jamais.)C'est ce qu'
on appelle\une crise d'angoisse,/peut-être un)'début de dépression,_peut-être_'simple-
ment un réveil difficile. . ./'Je ne me réveille/'jamais autrement/que difficilement et si je
conserve un/)dernier rêve planqué entre_le souvenir de mon_'ex-suicidé_et la convic-
tion que la.'vie est_absurde,_'que le bonheur_n'existe pas,_'et qu'on finira tous,_'et moi
comme les autres,_'à bouffer les pissenlits_)par la racine,/'c'est bien cet éveil lumineux
comme une renaissance,).émerger de dix heures de\sommeil à une heure décente,_'le
corps reposé et la vie à l'endroit, des passants dans les rues et les boutiques à peine ou-
vertes, le goût du café,))l'odeur des journaux,_le soleil du matin, l'intro_de Mellon collie
and the infinite sadness, les dessins animés débiles au petit déjeuner,?et le sentiment que
tout est encore possible puisque tout ne fait que commencer. Extrait de "Bubble Gum").